L'uniforme vous met dans tous vos états...?
Vous vouez une admiration sans borne à ces hommes dont le seul but est de nous sauver, nous protéger, nous servir...?
Vous avez toujours rêvé qu'un "pin-pon" ne retentisse que pour vous...?
Vous crevez d'envie de savoir comment ça fait, d'être à la fois installée dans un matelas coquille et cernée de beaux mecs musclés...?

Je ne sais comment vous le suggérer...
Mais vous pourriez peut-être tenter de vous offrir ce que je me suis offert hier...

Vsav

Une balade en VSAV... ;-) !

Bon, avant ça, il y a eu la partie désagréable : le dos bloqué au magasin en pleine affluence du samedi après-midi, les douleurs ingérables, les "parlementations" avec l'équipe d'encadrement parce que je refusais formellement l'intervention des pompiers et, par conséquent, l'évacuation vers les urgences...
Partie désagréable qui, hélas, n'était rien comparée à ce qui m'attendait à l'hôpital où ils m'ont emmenée...
Accueil plus que froid... Refus de me maintenir allongée malgré l'insistance des pompiers... J'ai eu beau réclamer un fauteuil roulant un peu rembourré, tout ce à quoi j'ai eu droit, c'était une vieille chaise métallique, avec derrière moi un malotru qui ne cessait de me cogner le dos, m'arrachant des hurlements de douleur...
Mais ça, tout le monde s'en fout, parce que, de toute façon, il y a beau y avoir un comptoir d'accueil, personne à l'horizon...

Les urgences... Une vraie cour des miracles où tu te prends dans la gueule toute la misère, humaine et intellectuelle, toute la détresse et la solitude des petites gens, avec lesquelles tu n'as pour ainsi dire jamais aucun contact dans ta vie à toi de tous les jours et ça te fait réaliser que, même si tu passes ton temps à râler, tu es tout de même une sacrée privilégiée...
Le type qui a bu de la javel parce que son fils avait eu la bonne idée de vider le berlingot dans une bouteille de bière...
Le petit papy, tout seul, qui s'est cogné la tête, à qui on a fait un bandage de fortune mais qui continue de pisser le sang, et qui se fait piquer son fauteuil roulant par des jeunes à peine s'est-il levé pour aller aux toilettes...
Les gonzesses qui regrettent tout haut de ne jamais avoir regardé Urgences à la télé, du coup, maintenant, elles ne peuvent même pas comparer...
La nana qui remplit à voix haute son questionnaire sur le risque VIH et s'offusque de ne pouvoir répondre à la question concernant le nombre de partenaires sexuels qu'elle a eus dans sa vie, sous prétexte que, parmi les cases qu'on lui propose de cocher, il n'y en a aucune portant la mention "100 et plus"...
*** Petit aparté : ce questionnaire ainsi qu'un test de dépistage rapide sont proposés d'office aux personnes admises aux urgences, libre à elles d'accepter ou non... Je trouve que c'est une excellente initiative. ***
Les impatients qui, toutes les trente secondes, vont frapper à la porte des salles de soin pour savoir quand leur tour viendra...
Les regards des autres autour qui se baissent quand tu te mets à pleurer en silence, sur ta chaise de métal, parce que tu n'en peux plus, que tu as mal, que tu as la sensation que ton tour n'arrivera jamais, que tu te sens seule, abandonnée et que tu te demandes déjà comment tu rentreras chez toi une fois que ce calvaire aura pris fin, s'il prend fin...
L'infirmière qui ouvre le porte à la volée et hurle au loin "Mademoiselle T, c'est à vous... Mademoiselle T... Vous venez, oui...?"... Et toi, tu te retrouves presque à t'excuser d'avoir mal, de ne pouvoir bouger et tu oses à peine demander de l'aide...
L'interne qui te demande de te placer dans des positions improbables pour t'ausculter, positions que tu ne tiendrais même pas trente seconde au meilleur de ta forme, qui finit par décréter que tu souffres d'un lumbago avec sciatique à gauche alors que c'est à droite que tu as le plus mal, qui te remet un compte-rendu d'examen tout bonnement scandaleux car contenant des réponses à des questions qui ne t'ont même pas été posées, ou encore des observations fausses et les arrangeant bien puisqu'elles leur permettent de te mettre plus rapidement dehors, du genre "pas de déficit moteur" alors que tu ne peux plus bouger, et en plus illisible car tapé à la va-vite...
La personne de l'accueil qui te lâche littéralement dans la nature en te lançant un encourageant : "Si vous faites vite, vous pourrez encore trouver des pharmacies ouvertes pour acheter votre morphine"... Ouais, tu as raison... Je vais y courir de ce pas à la pharmacie...

Heureusement, il y a eu le super gentil chauffeur de taxi, prévenu par mon Chéri que je n'aurai certainement pas assez d'argent sur moi pour payer la totalité de la course, mais qui accepte quand même de me ramener chez moi et qui ne veut pas que je lui fasse parvenir les dix euros manquants par courrier les jours prochains...
Heureusement, il y a eu Nathalie, ma nouvelle chef, sans qui je n'aurais même pas eu un seul centime sur moi, ce qui aurait franchement compliqué la chose...
Heureusement, il y a eu Mélanie qui a pris sur son temps de maman pressée de rentrer pour retrouver sa pupuce et qui s'est occupée de Twing' à la sortie du travail pour aller la déposer dans un lieu sûr le temps que mes parents rentrent et puissent aller la chercher...
Heureusement, il y a eu mon Chéri et ma soeur qui, l'un à Caen, l'autre à Strasbourg, n'auraient pas pu faire beaucoup plus que ce qu'ils ont fait pour moi dans ce moment de galère, à savoir me soutenir, me faire sentir qu'ils étaient là... Comme je les aime...
Heureusement, il y a eu la gentillesse et le dévouement des pompiers, qui ont tout de suite compris que la situation ne me plaisait guère et qui ont tout fait, vraiment tout fait, pour apaiser et mes douleurs, et mes craintes, qui m'ont aidée à dédramatiser...

Et puis, l'air de rien, l'espace d'un instant, j'ai quand même fendu la foule des véhicules sur la nationale 14 qui est l'une des routes les plus encombrées du Val d'Oise un samedi après-midi, quand tout le département se rue dans les centres commerciaux, tel un VIP, une superstar, la Reine d'Angleterre... ;-) !
Et avec le pin-pon, en plus... C'est pas donné à tout le monde, ça... ;-) !!!

***

Edit de 12h27...

Petit bilan médical, oublié dans la bagarre !
Bourrée de morphine, en plus du traitement que je prenais déjà...
Evidemment en arrêt-maladie pour quelques jours... Enfin... Quelques jours, c'est la version optimiste et, il faut bien le dire, hautement improbable de la chose...
Moins mal, mais je ne peux guère bouger...

Pas question de me traîner jusqu'au bureau de vote aujourd'hui...
Ça sera bien la première fois de ma vie que je manque à mon devoir citoyen et vous vous imaginez combien cette idée me réjouit... :-(
Alors, mes copines d'Île-de-France, je compte sur vous pour faire ce que je ne peux faire, pour aller leur dire ce que je ne peux aller leur dire... Et puis, je croise les doigts !

Bon dimanche à toutes et tous !

*